Marchés de Malakoff : et si la Ville reprenait vraiment la main ?
À Malakoff, le marché n’est pas un simple lieu où l’on fait ses courses. C’est un espace de vie, de rencontres, de commerce de proximité, de lien social. Pour beaucoup d’habitantes et d’habitants, c’est aussi un repère dans la ville : on y croise ses voisin·es, on échange avec les commerçant·es, on choisit ses produits, on fait vivre une économie locale.
C’est précisément parce que les marchés occupent cette place importante dans notre quotidien que leur gestion mérite mieux qu’un simple bilan technique annuel.
Lors du dernier conseil municipal, notre élue Emmanuelle Jannès est intervenue au nom de Malakoff Autrement à l’occasion de la présentation du rapport d’activité 2024 de la délégation de service public (1) confiée à la société Loiseau pour la gestion des marchés de Malakoff.
Notre position est claire : cette délégation de service public semble aujourd’hui avoir atteint ses limites.
crédit photo : Anissa Hammadi pour Le Parisien
Un marché, ce n’est pas seulement une affaire de gestion
Confier la gestion d’un marché à un prestataire privé peut parfois se justifier : organisation des emplacements, perception des droits de place, animation commerciale, entretien, coordination avec les commerçant·es… Mais une délégation de service public n’a de sens que si elle apporte une vraie valeur ajoutée aux usagers, aux commerçants et à la collectivité.
Or, aujourd’hui, plusieurs questions se posent.
La première concerne le pouvoir d’achat. Dans une période où les budgets des ménages restent sous tension (2) , l’accès à une alimentation de qualité, à des prix accessibles (3), devrait être une priorité municipale. Le marché peut être un formidable outil pour cela : en favorisant les circuits courts, les producteurs locaux, les produits frais, les stands à prix raisonnables.
Mais encore faut-il que son modèle économique permette réellement d’aller dans ce sens.
Si les coûts imposés aux commerçant·es sont trop élevés, ils finissent nécessairement par peser sur les prix. Une ville qui reprendrait davantage la main pourrait étudier d’autres équilibres : des droits de place mieux ajustés, des emplacements favorisant des producteurs locaux, des offres plus accessibles pour les ménages modestes, ou encore des animations utiles à la vie commerciale.
Ce n’est pas une lubie : c’est exactement le type de réflexion que nous portions déjà dans notre programme, en proposant que les marchés accueillent davantage de producteurs locaux et qualitatifs, avec des stands à petits prix pour garantir l’accessibilité alimentaire.
L’écologie ne doit pas s’arrêter aux portes du marché
Des engagements avaient été pris, notamment sur la limitation des emballages plastiques (4). Pourtant, sur le terrain, chacun peut constater que ces règles sont encore trop souvent mal appliquées.
Ce n’est pas un détail. Depuis plusieurs années, la réglementation nationale encadre fortement les sacs plastiques à usage unique : ils sont interdits en caisse depuis 2016, et hors caisse depuis 2017, sauf exceptions très encadrées pour les sacs compostables et biosourcés.
Sur un marché alimentaire, la réduction des déchets, le tri, la gestion des biodéchets (4), la lutte contre le plastique inutile, devraient être des priorités visibles. D’autant que depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets concerne l’ensemble des professionnels et des particuliers.
Pourtant, le rapport d’activité présenté reste très limité sur ces sujets. Il évoque le nettoyage et le tri des déchets, mais ne permet pas vraiment de mesurer l’application concrète des engagements écologiques.
À Malakoff Autrement, nous pensons que le marché ne doit pas devenir un angle mort de la politique écologique municipale. C’est au contraire un lieu idéal pour rendre l’écologie concrète, visible, simple : moins de plastique, plus de réemploi, meilleure gestion des déchets, récupération des invendus, présence accrue de producteurs locaux, sensibilisation des consommateurs.
Quinze ans de délégation : une durée qui interroge
Autre point d’alerte : la durée de la délégation.
Quinze ans, c’est long. Très long (6). Une durée aussi importante peut installer une forme de routine, avec un délégataire qui n’a pas forcément intérêt à réduire ses marges, à revoir ses pratiques ou à innover au service des habitant·es.
Le droit rappelle d’ailleurs que la durée d’un contrat de concession doit être limitée et déterminée en fonction des prestations ou investissements demandés au concessionnaire.
La Cour des comptes a récemment alerté sur les risques liés aux délégations de services publics locaux : relations parfois déséquilibrées au détriment des collectivités, durées excessives, rentabilité difficile à identifier, pénalités insuffisamment prévues ou non appliquées, manque de contrôle par les collectivités.
Cela ne veut pas dire qu’il faut toujours tout gérer en direct. Mais cela veut dire qu’une ville doit garder la maîtrise politique, financière et opérationnelle de ses services publics. Externaliser ne doit jamais signifier renoncer à contrôler (7).
Étudier sérieusement une reprise en main publique
C’est pourquoi nous demandons que la Ville étudie sérieusement le scénario d’une remunicipalisation, ou a minima d’une reprise de contrôle beaucoup plus forte sur la gestion des marchés.
Les collectivités ont le choix : elles peuvent gérer directement un service public ou en confier la gestion à un tiers (8). Cette liberté de choix est clairement reconnue.
D’autres territoires ont déjà fait le choix d’une gestion en régie pour leurs marchés alimentaires. C’est le cas de Paris Est Marne & Bois, qui a repris depuis janvier 2024 la gestion des marchés alimentaires de Nogent-sur-Marne, Saint-Mandé et Joinville-le-Pont, en mettant en avant une gestion plus transparente, plus réactive et plus écoresponsable.
Ce type d’exemple mérite d’être étudié sérieusement pour Malakoff.
La question n’est pas idéologique. Elle est très concrète : quel mode de gestion permet le mieux de garantir des marchés vivants, accessibles, écologiques et utiles aux habitant·es ?
Le marché Nord, poumon commercial de Malakoff
Le marché du centre-ville est un poumon commercial. Il participe à l’attractivité de Malakoff, à la vitalité du commerce local, à la qualité de vie.
Le marché Barbusse, lui, reste encore loin de son potentiel. Son offre demeure limitée, ses tarifs sont jugés élevés, et il ne répond pas pleinement aux besoins du sud de la ville. Là encore, la gestion du marché devrait être pensée comme un outil d’aménagement du territoire et de justice entre les quartiers.
Un marché ne doit pas seulement “fonctionner”. Il doit servir une vision : soutenir les commerçant·es, faciliter l’accès à une alimentation de qualité, dynamiser les quartiers, réduire les déchets, créer du lien.
Crédit photo : Severine Fernandes pour le site Malakoff.fr
Notre demande : transparence, contrôle, ambition
Lors du débat, la majorité municipale a reconnu l’existence de problèmes dans la gestion actuelle. Elle a toutefois indiqué ne pas envisager, à ce stade, de revoir cette délégation de service public.
Nous en prenons acte. Mais nous resterons vigilant·es.
Nous demanderons que les décisions prises en commission soient réellement appliquées, notamment en matière écologique. Nous demanderons des indicateurs clairs : sur les déchets, sur les plastiques, sur les tarifs, sur l’attractivité, sur les animations, sur le soutien aux commerçant·es.
Et nous continuerons de porter une idée simple : lorsqu’un service public est essentiel à la vie quotidienne des habitant·es, la Ville ne peut pas se contenter d’être spectatrice.
À Malakoff, les marchés méritent mieux qu’une gestion en pilotage automatique.
Ils doivent redevenir un véritable outil de politique publique : pour le pouvoir d’achat, pour l’écologie, pour les commerces de proximité, pour la vie de nos quartiers.