Charte de l’arbre : à Malakoff, il est temps d’aboutir
Octobre 2017. Dans Malakoff Infos, Rodéric Aarsse, alors adjoint à la maire chargé notamment du développement durable, signe une tribune consacrée à « une charte de l’arbre pour Malakoff ».
Il y défend déjà une approche qui paraît aujourd’hui évidente : considérer les arbres comme un véritable patrimoine urbain, prendre en compte leur rôle dans l’adaptation au changement climatique et la biodiversité, et donner aux services municipaux un cadre commun de bonnes pratiques pour les protéger et les développer. (malakoff.fr)
Nous sommes en 2026.
Neuf ans ont passé. La Charte de l’arbre, elle, reste à faire aboutir.
Une idée ancienne à Malakoff
Le sujet n’a pourtant pas disparu des radars municipaux.
En octobre 2019, le Conseil municipal inscrit noir sur blanc sa volonté que la commune s’engage « sur la protection et l’implantation des arbres en ville, à travers la mise en place d’une Charte de l’arbre ». (malakoff.fr)
Au début du mandat suivant, la feuille de route confiée à Dominique Trichet-Allaire, adjointe à la transition écologique, reprend cet engagement. Le document prévoit de travailler avec les habitantes et habitants à la mise en place d’une Charte de l’arbre, en réfléchissant aux différentes essences, à leurs fonctions et à leur rôle dans les écosystèmes urbains. (malakoff.fr)
Le sujet est également porté depuis longtemps par Malakoff Plurielle.
En mars 2020, Emmanuelle Jannès écrivait déjà dans Malakoff Infos : « on attend toujours la Charte de l’arbre ». Quatre ans plus tard, Malakoff Plurielle saluait encore « l’initiative de la charte de l’arbre », tout en demandant qu’elle prenne place dans une politique plus cohérente de biodiversité. (malakoff.fr)
En mars 2025, nouvelle relance. Emmanuelle Jannès constate que la Charte est toujours « en projet », qu’elle « tarde à être réalisée et donc appliquée », et demande son intégration dans un véritable plan biodiversité à l’échelle de la ville. (malakoff.fr)
Il y a donc quelque chose d’assez singulier dans cette histoire : depuis près de dix ans, plusieurs sensibilités politiques malakoffiotes convergent sur la nécessité de cet outil.
Après neuf ans de débats, le principe semble largement partagé à Malakoff.
Reste maintenant à la faire. Et à décider ce qu’on met réellement dedans.
Une charte, pour quoi faire ?
Le mot peut sembler un peu abstrait. Pourtant, les expériences menées ailleurs montrent à quel point une Charte de l’arbre peut devenir un outil très concret.
Paris, qui gère plus de 200 000 arbres hors bois, a par exemple adopté une charte organisée autour de 10 engagements, complétés par 17 fiches pratiques consacrées à la plantation, aux travaux, à l’aménagement ou à l’entretien. Chaque arbre municipal fait par ailleurs l’objet d’une surveillance sanitaire annuelle. (paris.fr)
À Nantes Métropole, la Charte adoptée en 2024 comporte 24 engagements. Elle couvre la connaissance du patrimoine arboré, la préservation des arbres existants, l’accroissement de la canopée, l’adaptation des essences au changement climatique et la sensibilisation des habitants. La Métropole insiste notamment sur la nécessité de préserver les grands arbres déjà présents : remplacer un arbre ancien par un jeune sujet ne revient pas, à court terme, à remplacer les services qu’il rend. (metropole.nantes.fr)
À Lyon comme à Toulouse, les chartes sont accompagnées de recommandations et de fiches très pratiques : protection des arbres pendant les travaux, gestion des racines, plantation, évaluation de leur valeur ou encore estimation des dommages qu’ils peuvent subir. (developpementdurable.grandlyon.com) (metropole.toulouse.fr)
C’est là que la charte devient vraiment utile.
Pour mieux comprendre
Donner une valeur aux arbres
Un outil mérite particulièrement d’être regardé : le Barème de l’arbre VIE/BED, développé par Plante & Cité, le CAUE 77 et l’association Copalme.
Le principe est assez simple.
Le premier volet, VIE – Valeur Intégrale Évaluée de l’arbre – permet d’attribuer une valeur monétaire à un arbre en tenant compte de ses dimensions, de son état, de son intérêt écologique, paysager, patrimonial ou encore de son caractère remarquable.
Le second, BED – Barème d’Évaluation des Dégâts – permet ensuite de calculer le préjudice lorsqu’un arbre est endommagé, notamment au niveau de son tronc, de son houppier ou de ses racines. Le montant obtenu peut servir de base à une demande d’indemnisation auprès de l’auteur des dégâts. (plante-et-cite.fr)
L’outil n’est plus expérimental : fin 2023, la plateforme comptait 3 780 inscrits et Plante & Cité recensait environ une centaine d’adoptions officielles par des collectivités, bureaux d’études, réseaux professionnels ou associations. (plante-et-cite.fr)
Dans les Hauts-de-Seine, Garches a par exemple intégré ce principe à sa Charte de l’arbre : sa signature est proposée aux porteurs d’autorisations d’urbanisme et un barème financier permet d’évaluer les dommages causés au patrimoine arboré. (garches.fr)
Lorsqu’une entreprise intervient à proximité d’un arbre municipal, lorsque des racines sont coupées pendant un chantier ou lorsqu’un aménagement impose un abattage, disposer de règles connues à l’avance change beaucoup de choses.
Barbusse montre justement pourquoi nous en avons besoin
La transformation du quartier Barbusse remet aujourd’hui ces questions au premier plan.
Et il faut reconnaître ce qui a été fait.
En février 2024, quinze arbres situés autour du rond-point Henri-Barbusse ont été transplantés plutôt qu’abattus. Liquidambars, platanes et kœlreuterias ont été déplacés vers cinq sites de la ville. L’opération, rare à Malakoff, visait précisément à préserver une partie du patrimoine arboré avant les travaux. (malakoff.fr)
Mais l’histoire du projet montre aussi combien il est difficile, pour les habitantes et habitants, de suivre précisément l’évolution des engagements.
Dans la présentation du projet soumise aux habitants en 2017 — un projet qui a depuis évolué — le scénario présenté comptabilisait 55 arbres existants, 23 arbres coupés et 32 plantés, soit un solde annoncé de neuf arbres supplémentaires. (malakoff.fr)
En 2025, la Ville indiquait que la future place conserverait « la plupart de ses arbres actuels » ainsi que les arbres déjà transplantés. (malakoff.fr)
Reste une difficulté très simple : comment suivre l’évolution entre ces différentes étapes ?
Quels arbres ont été conservés ? Lesquels ont été transplantés ? Lesquels ont finalement dû être supprimés ? Pour quelles raisons ? Quelles essences vont être replantées ? À quel endroit ? Avec quel espace en pleine terre ? Quel suivi sera assuré pendant leurs premières années ?
Une charte ne réglera pas toutes les questions soulevées par Barbusse. Elle permettrait au moins de disposer de règles connues à l’avance, de critères partagés et d’un cadre suffisamment stable pour que chaque grand projet urbain ne recommence pas la discussion depuis le début.
C’est aussi le sens de notre proposition d’un Observatoire 100 % Barbusse, afin de pouvoir suivre dans le temps les engagements pris autour de ce projet majeur pour le sud de la ville.
Ce que nous proposons pour Malakoff
En 2026, Malakoff Autrement a naturellement repris cet engagement dans son programme : finaliser la Charte de l’arbre municipale, recenser les arbres remarquables de la ville, mieux préserver les arbres existants et développer des pratiques d’élagage respectueuses du calendrier écologique.
Nous pensons aujourd’hui qu’une Charte de l’arbre utile à Malakoff devrait comprendre notamment :
- un inventaire géolocalisé du patrimoine arboré public, régulièrement mis à jour et accessible aux habitants ;
- un recensement des arbres remarquables et des dispositifs permettant leur protection ;
- des règles précises pour les travaux réalisés à proximité des arbres, notamment pour préserver les racines et les sols ;
- une doctrine claire concernant l’abattage, la transplantation et la compensation ;
- des critères de choix des essences adaptés au changement climatique et à la biodiversité locale ;
- des règles d’élagage et d’entretien partagées par les différents intervenants ;
- l’utilisation d’un barème permettant d’évaluer la valeur des arbres et les dégâts qu’ils subissent ;
- un suivi public des arbres supprimés, transplantés et plantés lors des grands projets d’aménagement.
Ces règles pourraient ensuite être déclinées dans les marchés publics, les cahiers des charges des entreprises et les projets d’aménagement de la Ville.
À Malakoff, ville dense de la petite couronne parisienne, chaque arbre adulte compte.
Il est temps d’aboutir
Rodéric Aarsse portait publiquement cette idée en 2017. Le Conseil municipal la reprenait en 2019. Dominique Trichet-Allaire en faisait un objectif du mandat 2020-2026. Emmanuelle Jannès et Malakoff Plurielle l’ont régulièrement rappelée depuis l’opposition. En 2026, Malakoff Autrement l’a naturellement inscrite dans son programme.
Tout cela dessine finalement un terrain commun assez rare dans la vie politique locale. Profitons-en !
Nous proposons que le travail soit repris rapidement, en associant les services de la Ville, les associations concernées, des professionnels de l’arbre, des habitantes et habitants et les différentes sensibilités du Conseil municipal.
Les exemples existent, les outils aussi et à Malakoff, le principe fait consensus depuis des années. Il reste désormais à transformer cette volonté en règles concrètes, publiques et applicables.
Neuf ans après les premières propositions, il est temps que Malakoff ait enfin sa Charte de l’arbre.
Resources
- Malakoff Infos, octobre 2017, tribune de Rodéric Aarsse « Une charte de l’arbre pour Malakoff ». (malakoff.fr)
- Conseil municipal de Malakoff du 2 octobre 2019. (malakoff.fr)
- Feuille de route 2020-2026 de Dominique Trichet-Allaire. (malakoff.fr)
- Malakoff Infos, mars 2020 et mars 2025, tribunes de Malakoff Plurielle / Emmanuelle Jannès. (malakoff.fr)
- Ville de Paris, Charte de l’arbre et patrimoine arboré. (paris.fr)
- Nantes Métropole, Charte métropolitaine des arbres. (metropole.nantes.fr)
- Métropole de Lyon et Toulouse Métropole, chartes et recommandations techniques sur les arbres. (developpementdurable.grandlyon.com)
- Plante & Cité, Barème de l’arbre VIE/BED. (plante-et-cite.fr)
- Ville de Malakoff, documents et actualités du projet 100 % Barbusse. (malakoff.fr)

